Rencontre avec Foudealer : Le rap du nord est de retour

foudealer-cdDany : Je suis avec Foudealer, Veekash et Mess pour parler de votre projet commun : l »avant goût ». Comment s’est faite la rencontre ?

Foudealer : Nous nous sommes rencontrés par le biais de code 911 qui est un structure basée sur Lille. Avec eux j’ai posé sur « Explishit Lyrics » en 2004 et j’avais déjà croisé Veekash là bas et on en avait discuté un peu. Je savais qu’il était beatmaker, lui savait que j’étais rappeur et donc on a fait connaissance sur Lille, et de là on a repris  un contact sur Sète, il m’a laissé son numéro : j’y étais descendu pour Les Grandes Gueules pour enregistrer sur la Mixtape « On ne peut pas plaire à tout le monde ». Le soir on s’est retrouvé ensemble dans une chambre et on discutait, passé une bonne soirée et de la on s’est laissé nos coordonnées et petit à petit il m’a appelé et m’a dit de passer à Dunkerque et sachant que je suis de Roubaix,  je suis descendu jusqu’à chez lui …

D : Veekash tu es du Nord aussi ?

V : Oui je suis du Nord aussi,

D : Pourquoi un projet avec un Mcs du nord, est ce que tu surfes sur le succès et la tendance du film « bienvenue chez les ch’tis » ? mais du coup maintenant je comprends que tu viens du Nord, je pensais que comme tu étais dans l’entourage de beaucoup de Mc’s du 18 … comme La Scred Connexion par exemple.

foudealerVeekash : je suis né là bas, à l’extrême nord même, à Dunkerque et pourquoi je travaille maintenant avec La Scred et que je suis l’un de leur Dj, ; c’est parce que Koma m’a repéré là bas aussi et de fil en aiguille je travaillais déjà avec Foudealer : on avais déjà commencé à travailler ensemble. Et pourquoi Foudealer et vraiment travailler sur un Mc complètement et sur tous les plans (artistiques, prods…) c’est parce que dans la région il manquait de la lourdeur au niveau du texte : il y avait des activistes, mais il manquait vraiment de la lourdeur au niveau du texte et du contenu et de tout ça. Ce qu’on a ici dans le 18, et là bas cela se cherchait encore. Il y a des personnes qui sont un petit peu sorti du lot, mais cela surfe sur la vague du temps : moi j’ai directement adhéré au projet : il représente Roubaix, il vient d’un quartier où à l’époque dans les années 80 ca a été reprise par le peuple : Roubaix a connu une mini révolution : c’est quelque chose d’important avec un soulèvement de tout un quartier. Moi aussi je viens d’un quartier qui ressemble au sien et je me suis dit que nous allions travailler ensemble et là le street album est le résultat de plus de 5 ans de travail, on a déjà fait pas mal de concerts, sur la région et justement cet album est attendu : pas seulement par nous, mais par toute la région : parce qu’ils attendaient une boulette et justement une force du nord!

D : Le rôle de Veekash, c’est toutes les prods ?

F : Il a produit l’intégralité de l’album, mais n’a pas réalisé 100% des instrus, mais la grande majorité : en effet il y a aussi des morceaux issu de ma « Net Tape » qui était sortit en téléchargement gratuit en 2006 « De l’ombre on passe à la lumière ». Il y a aussi une prod de Nazim dit « le Turque », qui est un gars de chez nous,  mais aussi une prod de Mess (convoyeur de sons) sur le morceau « tempête meurtrière » (ici présent) qui est aussi backeur et Mc.

Veekash ne se contacte pas de réaliser les instrus, il met son grain, sa touche sur tout le reste : il met les choses en route, fait beaucoup de choses derrière pour qu’on puisse faire avancer nos projets parce que sans ça nous n’aurions pas pu arriver là où nous en sommes. Sortir quelque chose sur support (physique) c’est difficile :  pour s’en sortir donc on a eu quelqu’un qui bouge, qui a ses contacts, sachant aussi que Veekash travaille avec des grand : dans le mouvement on le connait : il sait comment les choses se passent : sur ses prods on sent la patate, sur scène il est toujours présent, quand il faut faire les choses il est présent.

D : apparemment tu as commencé vers 1991

J’ai commencé un peu plus jeune, ma première scène c’était en 1991, j’étais petit, j’étais le plus jeune à monter sur scène : sachant que dans le quartier il y avait des activistes et moi j’avais 8-9 ans.

D : tu n’allais pas sortir un album à 10-12 ans…

Les choses ont commencé à bouger en 2004 : Tout le monde me connaissait par le bouche à oreille, mais j’ai commencé à poser sur un vrai projet :  « Explicit Shit ».

D : rentrons dans ton album : je te propose d’aborder quelques morceaux par exemple « Talents gâchés » dans lequel tu finis avec un refrain assez simple mais qui est justement révélateur d’espoir et de ton envie de montrer qu’il y a des choses possibles aujourd’hui tu dis « Il n y a pas que dans le ciel que les étoiles brillent ils y en a aussi dans nos quartiers ». A l’intérieur de ce morceau que veux tu exprimer ?

F : Je veux dire qu’il faut arrêter de mettre à l’écart les jeunes de quartiers, parce qu’on laisse le plus souvent la place à des gens issus d’autres milieux, qui ne sont pas des quartiers, qui ont pu aller à la fac, faire des écoles et nous non  : nous n’avons pas eu cette chance, et ces gens là racontent nos vie, alors que les « vrais talents» de nos quartiers sont mis de coté, mais : simplement ne parles pas de ce que tu ne connais pas.

Le morceau en écoute ici (et dans la section SONS) :

D : attention il y a aussi la provenance, et la région, dans le Nord il n’y a pas énormément de buzz, mais il y a eu des groupes comme MAP qui n’ont pas fait d’albums ridicules, après on aime ou pas, il y a eu aussi AXIOM qui a fait un petit buzz, c’est vrai que je ne connais pas forcément d’autres noms …

F : A chaque fois qu’il y a quelque chose qui sort : ce n’est jamais dans le même mouvement que nous :  tu vois MAP c ‘est du rap mais pas vraiment rap à 100% : ce n’est pas un  rap de « puriste » : on ne peut pas défiler derrière eux : on ne peut pas leur succéder sachant que quand ils vont ouvrir des portes nous ne pourrons pas venir derrière : cela sera un certain public : quand on va venir cela ne sera plus la même musique : on ne sera pas apprécié autant que eux : par rapport à leur public bien sur. J’aime bien AXIOM en tant que personne et ce qu’il fait, mais il est plus présent sur les plateaux, il parle très bien, et représente bien les quartiers, mais d’un point de vue musical(artistiquement) on ne parle pas beaucoup de lui dans le Nord avec j’aime bien tel et tel morceau, on parle d’Axiom le clip, oui Axiom je l’ai vu … Mais malgré tout au fond c’est un bon gars : je me suis permis de l’inviter sur ma Net tape et il m’a aussi invité sur son clip produit par Besson « NorSide« .

Mais au delà de cela, il n’ y a pas de bruit : pas un véritable buzz : par exemple Booba on entend.

D : ce qui t’intéresse c’est de faire du bruit

F : oui tout à fait, si tu poses la question chez nous beaucoup ne connaissent pas Axiom, c’est quand même étrange alors que d’autres le connaissent dans toute la France.

D : Mais le morceau « Lettre au président » a fait un minimum de bruit quand même…

V : et plus chez les « bobos » que dans la rue si tu vois ce que je veux dire,  il voulait cibler ce public.

F : Après tu as des gens de chez nous  comme Pépite : c’est un activiste présent , il y a des ricains avec lui tels que Mob Deep, Alchimist, mais ce sont des gens qui n’ont pas trop de moyens non plus et donc tu ne peux pas les entendre : à part chez nous, on ne va pas ou pas beaucoup les entendre.

D : donc là on parle plus d’être dans l’ombre et de passer plus dans la lumière. Reprenons sur talent gâché

F : dans ce morceau je veux dire qu’il y a beaucoup de talent en général, pas que dans le monde de la musique, cela peut être dans le monde du football, dans le monde de la danse, du cinéma, chez nous il y a de tout :  on peut trouver de tout chez Nous ! mais après il n’y a rien qui suit derrière : comme sur Paris par exemple. Quand tu viens sur Paris et que tu es un rappeur : il y a pleins de Lables, il y a pleins de ceci cela et ce n’est pas le cas chez nous… tu comprends ?

D : on va revenir sur l’image d’AKH, de Marseille, et d’IAM, qui a permis au rap et au HipHop de cette région d’émerger derrière Paris, mais aussi je pense aussi à des structures comme « Din Records » qui ont fait émerger le Havre (avec Médine, Bouchées Doubles…) : et aujourdhui il a aussi un buzz dans la région ouest, donc toi tu as envie d’être le fer de lance de la région Nord ?

F : oui et j’aimerai bien cela : cela serait magnifique sachant que si je peux faire ça : je pourrai ouvrir des portes.

D : et tu penses que ça tu le fera vraiment ?

F : Oui car moi j’ai galéré vraiment! C’est pas comme ceux à qui on a ouvert la porte du jour au lendemain, et qui oublient tous ceux qui sont derrière : moi j’ai galéré avec des gens et ces derniers je be vais pas les oublier : de une, et de deux il n’y a pas que ça : c’est simplement que le nombre de mes galères fait que je sais que la personne qui vit cela et si je suis capable de lui faire éviter et casser les barrières : je le ferai!

D : tu veux donc faire comme La Scred l’a fait en invitant pleins de gens autour d’eux sur leur dernier projet (des gens de Barbes…)

D :  Je te propose d’enchainer sur un deuxième morceau et vais t’expliquer pourquoi : sur ce morceau là  j’ai un peu l’impression d’entendre du Rocca,  pas forcément que tu rappes comme lui, mais cela ressemble : j’ai bien accroché : « Jusqu’aux pyramides de Guizée », peux tu nous en parler plus ?

F : sur ce morceau je voulais partir sur un autre concept, montrer que j’ai de la technique aussi, que je sais dompté et travailler sur la prod. Dans le fond je raconte « chacun sa technique, chacun son flow »: à chacun sa façon de prendre le rap : moi je le prends comme ça : pour celui qui est content ou pas : sachant que dans mon texte je dis « ma vérité dépasse les frontières et toutes ses limites et va « jusqu’au Caire » : quand je dis cela, je dis qu’il n’y a pas de limites à mes sons.

D : Foudeal, peut on revenir sur la pochette de l’album : il y a une hyène, de la lumière derrière celle ci, et pourquoi avoir choisi de mettre cet animal ?

F : La hyène c’est un peu la pire espèce : sachant que notre collectif s’appelle « la pire espèce » , mais aussi car il y a un titre sur l’album : « le hurlement des hyènes « : et donc pour faire allusion au titre : on revient aussi sur tout ce qui se passe dans l’album : tout apparait sur la pochette sous forme de détails. On voit la hyène pur le titre dont je t’ai parlé, on voit une mallette de billets pour le titre « mon nom s’effrite », parce que ce texte parle de l’argent, il y a aussi une pesete, pour faire un jeu de mots avec Foudealer, dealer de rimes, mais et aussi pour le titre « taktaquer de rimes  » parce que chez nous les dealers sont des taktaqueurs,  l’usine pour montrer le passé industriel : où on vit c’est comme cela : c’est pour représenter bien le nord. La voiture de police bien abimée fait aussi références à des titres, et si c’est démoli c’est aussi du au fait du titre « echo-logique » : qui parle de l’écologie, de points de ruptures…et quand tout aura pété.

V : Foudeal a déjà une grosse réputation, donc la hyène aussi c’est que c’est dur à expliquer : il essaye de faire quelque chose de bien : il suffit de voir les conditions qui l’entoure, d’où aussi talent gâché : il y a euy beaucoup de gens avec de bons potentiels, et qui on laissé tomber : il faut être une hyène pour réussir chez nous…

D : qui a réalisé la pochette ?

F : La pochette a été faite par Icham One : c’est un super infographiste qui a bossé avec de grands noms : avec Rocca par exemple et même celle de Cyndy Lauper : c’est un ancien graffeur qui travaille aussi avec des latinos : l’équipe de Rocca.

D : parlons des featuring, commençons par AKI que je connais. Cela devait être intéressant de poser avec lui : avec certainement de l’émulation : AKI a une certaine technique au micro, comment s’est passé le morceau avec lui ?

F : cela s’est passé par l’intermédiaire de Veekash, AKI avait déjà écouté des trucs à moi, par le biais de Veekash : Veekash lui a parlé de moi, il a apparament accroché, ensuite il nous rejoint au studio, sachant que nous y étions justement pour bosser le street : le titre avec lui n’était pas prévu, on lui a fait tourné un son, il lui a plu et on est parti dessus.  Sachant qu’il vient à la base il vient du nord, il a de la famille près de chez nous, et nous connaissons ses cousins par exemple : et par rapport à ça on a discuté et nous avons eu de très bon échanges : j’aime les rapports amicaux.

D : le morceau est bien homogène, on voit que vous vous êtes bien trouvé : cela fait vraiment un bon featuring.

F : sachabt aussi que dans le morceau il parle de nos quartiers en citant pleins de noms, et moi je développe cela mais dans un deuxième paragraphe,  sur le premier moi je dis que nous sommes les mêmes, que nous avons le rap dans les veines : et je développe ensuite avec la Mpc, mais dans le deuxième je l’ai suivi par ce que je suis un peu resté là bas,   j’ai vu les gars de Blémont (Ndlr : nous allons bientôt en reparler),  je me suis permis de parler de ça, de la goutte d’or, mais lui peut se permettre il connait nos quartiers il est déjà venu chez nous : donc c’est par rapport à ça, pour rester crédible on a fait un petit jeu.

D : et le morceau « echo-logique »

F : oui tout à fait avec écho, et la logique : je veux que cette musique raisonne dans les têtes. Le morceau est  basé spécialement sur la nature, les catastrophes naturelles, cela rejoint aussiun peu le morceau « sciences et victimes  » qui est aussi dans l’abum et qui est aussi sur la nature, mais des dégats et impacts causés par la science de l’homme qui a été mal exploité.

Je souhaiterai vraiment que tout le monde prennes conscience de ces faits : nous en tant que jeunes de quartiers, on est là, on est présent, on respire,  on sait que c’est dangeureux, avec ce qui se passe sur l’ozone…

D : donc toi tu ne jette jamais un papier ou une clope par terre  …  Rires

D : quels sont tes prochains projets : là il y a le street album, on ne peut que te souhaiter le maximum de buzz sur cet album, et derrière as-tu déjà des morceaux enregistrés, as tu commencé à bosser sur un album ?

F : on avait déjà des morceaux maquettés à la base avec Veekash et moi, parce qu’on devait partir sur un album, mais après nous avons choisi de ralentir le mouvement et avant de balancer  un album, il faut d’abord faire du buzz et véhiculer plus notre nom et notre image : autrement cela ne servirait à rien.  On s’est dit qu’il fallait donc d’abord faire un street album puis un album.

On a déjà des morceaux prêts, des prods à exploiter, on attend plus que de finir ce présent projet : terminer l’avant gout afin de venir ensuite avec le plat de résistance.

D : Le mot de la fin ?

F : j’arrive et je crève de faim (rires)

Interview réalisé par Dany pour HH4ever! Merci à Veekash, Foudeal et Mess pour leur spontanéité et nos échanges!


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Plus d’informations sur Foudealer :
NB : Cet interview est complété par la mise en écoute de morceaux d’autres Mcs du Nord : Pépite, et Lalime.
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