IHH – International Hip Hop de retour – Voila le N.1 [Intw]

IHH - LOGO iHH™ remet le vrai hip-hop chez votre marchand de journaux ! Disponible depuis quelques jours partout en France chez les marchands de journaux (Relay, maisons de la presse, kiosques, marchands de journaux, supermarchés et hypermarchés dotés d’un rayon presse, gares, aéroports, etc.) ! Un Sommaire massif, 100 pages le tout pour 5,90 €.  Un mag de passionnés de HH – 100 % associatif, 100 % Hip-Hop

Rencontre avec Yann, le papa de ce mag – l’un des derniers (Rap Mag revient aussi dans les jours à venir) Magazine spécialisé sur notre culture qu’est le HH.

Yann, bonjour, comment vas-tu ?

Salut Dany. Tout roule parfaitement bien. La gestation de iHH™, la nouvelle formule issue de International Hip-Hop, a été longue, mais alors que le magazine est en kiosque depuis une petite semaine, les retours des lecteurs, des acteurs du hip-hop et du réseau presse sont excellents.

IHH logoLa presse Hip-Hop est morte au fur et à mesure des années (Radikal, L’Affiche, Groove, Rap Mag, Digital HH, International HH version DVD… ) avec l’arrivée et la démocratisation d’internet, des sites spécialisés, des sites et blogs de passionnés, le papier ne se vendait plus (même dans d’autres branches), l’avais tu vu venir ? qu’est ce qui t’a fait « résister » ? car je pense que c’est un acte de combat.

La presse Hip-Hop qui est morte, c’est celle qui n’avait pas de lecteurs ! Quand la manne publicitaire s’est massivement restreinte au début des années 2000, tous ceux qui survivaient principalement avec le publi-rédactionnel ont connu des morts plus ou moins violentes. C’était tout sauf une surprise, et Internet a souvent contribué à les pousser plus vite vers la tombe. Depuis 2002, que ce soit avec Digital Hip-Hop ou International Hip-Hop que j’ai contribué à installer avant iHH™, on a tenu parce qu’on a toujours conservé beaucoup de lecteurs en apportant autre chose (sommaire, contenu du support vidéo…) et que notre ligne éditoriale a toujours fait la part belle aux artistes innovants, de qualité, loin de la bouillie matraquée en radio ou télé. Amener de la qualité aux gens, proposer des interviews denses et intéressantes, c’est ce qui m’a toujours motivé et c’est ce qui anime également tous ceux avec qui j’ai la chance de collaborer sur iHH™.

DIGITAL HIP HOPEt pour poursuivre ce genre d’aventure militante, notre statut d’éditeur associatif, bien que sans aucune subvention, est un atout car nous n’avons pas la pression stérilisante d’improbables actionnaires dont l’intérêt n’est absolument jamais l’épanouissement d’une culture ou d’un art.

Alors l’interviewer arrosé ? Cela fait quoi ?

Ce n’est pas l’exercice que je préfère, mais avec les années, depuis le tout début des années 90 avec des projets presse comme 1-Tox ou The Truth, il a bien fallu que je m’y fasse. Ça réveille en moi mon côté VRP.

Es-tu prêt à tout nous dire ?

Si tu ne bosses ni de près ni de loin pour la police, pas de souci.

Pourquoi avoir changé de formule : International Hip-Hop, c’était une évolution de Digital HH, avec un mag d’une cinquantaine de page et des clips, des interviews filmés, du graffiti, des teasers de danse, de spectacles et quelques inédits ?

Ihh_logo dvdDigital Hip-Hop, c’était un projet à quatre, monté grâce au prud’homme qu’on a mis dans les dents des éditions Larivière, pour qui on avait tous bossé pendant un an après qu’Olivier Cachin se soit fait virer du magazine L’Affiche quand les ventes de ce mag soient tombées en dessous de 3.000 exemplaires en 2000. Digital Hip-Hop était édité une S.A.R.L. classique et quand l’autre titre (Digital Rock) qu’on éditait a plombé la boîte, les 3 autres associés ont préféré se concentrer sur le secteur vidéo qu’on avait développé en parallèle pour produire du contenu à destination de nos DVDs notamment. Comme du temps de The Truth quatorze piges avant, je suis repassé direct en association pour une nouvelle formule dont j’étais, cette fois, entièrement au contrôle avec mon vieux pote Pierre et une bonne petite équipe de journalistes et graphistes. C’est comme ça que International Hip-Hop est né, en ne comportant cette fois que des passionnés de la culture hip-hop.

Pourquoi le DVD a-t-il été abandonné ? Je pense que cela tiens au fait que désormais tout à chacun peut librement et facilement visionner des clips HH sur la toile ? ou y a t’il une dimension économique ?

Avec International Hip-Hop, ça faisait 2 ans que nous ne parvenions plus à gagner de lecteurs. La publicité, elle, fléchissait depuis 2009 avec la crise internationale et la diffusion stagnait. À ça plusieurs raisons : une population qui s’appauvrit extrêmement vite et qui se détourne des produits culturels pour subvenir à ses besoins élémentaires (logement, alimentation…), un prix élevé lié à la présence du DVD, un magazine difficile à découvrir car sous plastique en magasins et un réseau presse qui ne jouait pas le jeu car tétanisé à l’idée de se faire voler un magazine à presque 10 euros. C’est bien connu, tous ceux qui écoutent du rap sont des voleurs… Au final, sauf au moment du scandale Sexion d’Assaut, le magazine manquait de visibilité et au fil du temps, comme tu le soulignais, les habitudes de consommations de clips ont beaucoup évolué et YouTube est aujourd’hui un immense pourvoyeur de vidéos. Mais passer à un magazine sans DVD a été un choix difficile à prendre, mais qui a été bien perçu au vu des échos venant de nos lecteurs historiques et qui nous parviennent.

IHH - MAG HHEn parlant de cette dernière dimension, nous savons qu’un magazine a un coût de fabrication, de revient, de promotion, comment as-tu à l’époque financé les mag avec DVD ? et désormais avec celui ci ? As tu des partenaires fidèles, est ce dur ?

Faire un magazine avec un plus produit comme un DVD plein comme un œuf coûte extrêmement cher et implique de déployer une grande énergie. Il faut faire imprimer le magazine, réaliser les maquette de celui-ci et du DVD, encoder le DVD, obtenir les sources vidéo et les innombrables autorisations, faire intégrer le DVD sous plastique, le coller au magazine… Pour ça, notre financement était simple : pour commencer les fonds de l’association, l’énergie de ses bénévoles, des prestataires (imprimeur, presseur DVD, graphistes) qui ont soutenu le projet, des annonceurs fidèles à mes projets comme Wrüng (depuis bientôt 20 piges, merci les gars !) et un distributeur tenace qui a consenti à quelques paiements en avance.

D’où vient cette idée de nom : iHH™ / International HH ? qu’est ce qui t’a donné envie de faire ce métier de journaliste et pourquoi dans le HH – et depuis quand ? En somme quel a été le facteur déclencheur ?

Je fais des magazines depuis la primaire grâce à un pote qui m’a mis dans le bain en CM2 ! J’ai commencé avec des fanzines de bahuts photocopiés à l’arrache qui condensaient plus ou moins subtilement Hara Kiri, Closer et L’Humanité… Comme grâce à ma famille et à mon entourage, j’ai toujours été un dingue de musique, j’ai vite conjugué ça à mes expériences de presse. Et comme au début des années 80 j’ai commencé à être happé par le rap, ça a abouti à ce que j’intègre finalement l’équipe d’1-Tox au tout début des années 90 qui à ce que je monte The Truth en 1994 avec quelques potes, pour la plupart toujours là aujourd’hui (Fred, Karo…). iHH/International Hip-Hop, c’est un nom qui correspond plutôt bien à ma vision de la culture hip-hop et de sa propagation : elle est internationaliste, progressiste de nature. Elle doit te faire autant bouger la tête et les pieds qu’agiter les neurones. Dès The Truth, j’ai donné des noms qui combinent clins d’œil aux USA, la « mère patrie » du hip-hop, et à la terminologie révolutionnaire communiste qui a toujours plus ou moins consciemment traversée le hip-hop avec l’influence de mouvements politiques comme les Black Panthers ou des figures emblématiques comme Angela Davis pour faire court.

Reparlons de ce numéro 1 avec comme couverture NAS. Pourquoi ce MC en couverture ?

IHH1 - COVER

Indiscutablement, Nas est un des plus grands MCs apparus à New York dans la première moitié des années 90. Pour notre numéro 1, on coïncidait avec la seconde réédition de son premier et meilleur album : « Illmatic« . Sans oublier sa venue en France pour interpréter sur scène ce classique. J’ai pu réaliser une interview totalement exclusive, elle s’est avérée être de grande qualité et donc apte à figurer en couverture.

On ne fait pas partie de ces magazines qui font des couvertures avec un quart de pages de texte et huit photos pour combler la vacuité de l’entrevue ! Ou de ceux qui ne jurent que par le sensationnalisme, auquel cas on aurait mis Rohff qui nous livre également dans ce même numéro une très bonne interview qui vient casser les stéréotypes à son sujet dont on nous rabat les oreilles.

Quelles sont les interviews proposées, les dossiers pour ce premier numéro ? Combien de temps de travail ?

Dans ce numéro de la nouvelle formule, on propose 21 interviews à chaque fois les plus consistantes possibles. Ça va donc de Nas à Rohff en passant par Evidence des Dilated Peoples, ScHoolboy Q, Soul Square, IAM, Disiz, Freddie Gibb$, OrelSan, DJ Duke, Psykick Lyrikah, Angel Haze, Signif, Black Milk, Deen Burbigo, La Jonction, Jamais 203 ou les Clear Soul Forces pour ne citer que tous ceux-là. C’est minimum du 72 heures par semaines pour certains et clairement, ça demande beaucoup d’abnégation de mener à terme un tel projet. Par chance, l’équipe est autant passionnée que humainement fantastique.

Combien de personnes t’accompagnent ? Journalistes, graffistes ?

Une grosse dizaine de journalistes contribuent actuellement à faire vivre ce projet de presse associatif. Tout se fait en fonction des affinités et des emplois du temps des uns et des autres parce que clairement, avec le boycott des gros annonceurs qui frappe la presse rap, ce n’est pas iHH™ qui remplit les frigos pour l’instant. Pour ce qui est du graphisme, deux personnes (Helios et Karo) contribuent à la maquette et à son évolution. Clairement, sans tous les contributeurs et leur grande abnégation, rien ne serait possible.

Est-ce le retour d’un mensuel ? 

On sera un bimestriel, c’est-à-dire qu’on sortira tous les 2 mois et que chaque numéro du magazine sera présent pendant deux mois chez les marchands de journaux avant d’être remplacé par son successeur.

As-tu quelques anecdotes, histoires à nous raconter parmi tes nombreuses rencontres ?

Des anecdotes, il y en a forcément des tonnes, les plus hilarantes et pathétiques touchant principalement certains journalistes qui officient dans les catégories « mange-merde » ou « groupie incompétent ». Mais comme je ne suis pas une balance, je garde ça pour moi. Ça me fait juste bien marrer quand il m’arrive d’en recroiser certains !

IHH21La plus belle rencontre ? La pire ?

Il y a eu des tonnes de belles rencontres. De ma première « grosse » interview avec House Of Pain en 1992 à la dernière en date avec le producteur/compositeur Adrian Younge, je n’ai franchement pas eu à me plaindre, sachant que ça fait très longtemps que j’ai la liberté de n’interviewer les artistes qui m’intéressent. Après, il y a des déceptions ponctuelles, souvent proportionnelles avec l’espérance que tu peux avoir avant l’entrevue. Il y a des masques qui tombent, de pseudo-intellos qui s’avèrent être encore plus cons, de droite ou creux que ceux qu’ils fustigent… Et puis il y a plein de bonnes surprises. Après, il faut aussi écrémer. Je n’ai jamais vu l’intérêt de rencontrer des artistes qui ont commis une grosse bouse ou qui ont la réputation confirmée par des gens de confiance d’être des abrutis finis. Il y a des médias spécialisés pour leur servir la soupe…

Ton regard sur l’industrie du HH, sur le rap en France ?

Ça va faire bientôt 20 ans que le hip-hop subit l’incompétence et la cupidité de nombreux intervenants économiques (labels, médias, ministère…), souvent sans aucune légitimité artistique ou une once d’intelligence. Les opportunistes vont et viennent, et certains saccages sont irrémédiables, mais je sais aussi que c’est le lot commun de toutes les activités artistiques. Aujourd’hui, je suis écœuré d’entendre ce que les gros réseaux présentent comme du rap alors que ce n’est que de la variété de la pire espèce, des versions pseudo hip-hop de Karen Cheryl, de Julio Iglesias ou de Michel Sardou ! Aujourd’hui, le hip-hop n’existe en France que grâce aux activistes qui connaissent le sens de cette culture et lui permettent d’exister et de rayonner sous toutes ses facettes, des plus divertissantes aux plus pointues. Et ça, les gros médias font en permanence semblant de ne rien voir, de ne rien entendre. C’est contre ce formatage qui nivelle par le bas que iHH™ existe.

IHH Bandeau

Un coup de cœur ?

Des coups de cœur, j’en ai sans cesse. C’est pourquoi je n’ai jamais lâché la presse hip-hop, que ce soit sa branche musicale avec iHH™ ou le graffiti avec le magazine Paris Tonkar mis sur pied avec Tarek Ben Yakhlef dans la droite ligne du livre culte sorti en 1991. Le hip-hop, ça n’était pas mieux avant. C’était juste différent. Ça a toujours été un colossal vivier de talents et il n’y a pas de raison que ça change, quelques soient les parodies mises en avant.

Un coup de gueule ?

Le principal coup de gueule tient au traitement médiatique indigne dont fait l’objet le hip-hop et le rap en particulier en France. On est clairement dans des mécaniques d’exclusions sociale et raciste, dans des clichés éculés qui passent de rédactions en rédactions comme la peste brune… Un peu comme on ne discerne plus aucune différence entre PS, FN ou UMP, les radios, quotidiens, télés et sites à forte audience radotent les mêmes élucubrations sur une scène rap dont ils ne connaissent que des miettes, celles qui les arrangent. Ils se servent du rap comme d’un repoussoir pour effrayer les gogos qu’ils lobotomisent pour servir les intérêts des 3 partis précédemment cités et de leurs patrons… C’est un cercle vicieux dont on ne pourra sortir qu’avec des médias indépendants comme iHH™.

Que signifie pour toi HipHop4ever ?

HipHop4ever contribue à la diversité des moyens d’informations traitant du hip-hop. Si on devait compter sur Skyrock et ses clones, le hip-hop ressemblerait sûrement à un meeting de l’UMP avec en guests François Hollande, Marine Le Pen et Cécile Duflot ! À peu près les mêmes que ceux qui sont allés sur Skyrock pour mobiliser des centaines de milliers d’auditeurs crédules sauver l’emploi du PDG de la radio ! C’est contre ça que HipHop4ever comme tous les médias alternatifs servent à remettre les choses à leur place.

IHH MAG OKLa suite ? le prochain numéro ? un scoop ?

La suite, c’est un numéro 2 à paraître début septembre avec du beau monde (Mobb Deep, Scred Connexion, Dilated Peoples, Keith Murray…). On va également essayer de créer des évènements de qualité pour donner toujours plus de bon hip-hop aux gens.

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