Le graffiti entre au Grand Palais – Rencontre avec ADG et visite de l’exposition

tagfront

Mercredi 08 avril 2009, 20H00, j’arrive au Grand Palais pour assister à l’exposition TAG au Grand Palais. La queue est déjà bien longue car ce soir c’est nocturne. Je coupe la file et arrive dans le musée : je monte un magnifique escalier en pierre, passe devant un point accueil et un fronton portant en grosse lettre « COLLECTION GALLIZIA« . J’entre et première surprise avec l’agencement de l’exposition : l’espace est important : 700 m2 s’ouvrent au public, avec une forme rectangulaire et une verrière au plafond. A l’intérieur je découvre trois pans de murs pleins des toiles recouvertes de graffitis et tags. J’observe instantanément à une multitude de couleurs, de formes et d’images qui à chaque coup d’oeuil m’interpellent.

Je vous propose de m’accompagner tout d’abord dans la visite de l’exposition au travers de quelques photos, pour continuer par un interview exclusif avec le papa de TAG : Monsieur Alain Dominique Gallizia dit ADG et finir avec quelques témoignages du public de tout âge et autres photos de la collection.

La visite « conseillée » s’effectue en longeant les toiles et commence du coté gauche par les fondateurs du graffiti comme TAKI(183). Un grand panneau noir montre une première période s’étalant de 1969 à 1989 : qui permet de suivre les artistes reconnus et à leur apogée dans ces années là. La salle est donc divisée en trois partie. Passé la période « old School » le fond lui est une synthèse de l’atelier avec les « fameuses règles du jeu » (la triple unicité) dont nous reparlerons avec ADG. Passé l’atelier, nous poursuivons donc sur le coté droit dans la période 1990-2009 qui prend donc tout le reste de l’exposition.

Alain Dominique est présent dans la salle et en tant que père de l’exposition porte celle ci devant son public : il est devant les toiles et explique chronologiquement les parcours, thèmes et techniques du graffiti. Les visiteurs présents l’accompagnent dans son sillage.Voici une visite (rapide) de l’exposition en vidéo : (d’autres photos et vidéos ci dessous)

Interview avec Alain Dominique G

Dany : Alain Dominique, merci de me recevoir ce soir pour HipHop4ever, vous êtes architecte, avez la cinquantaine, ou la quarantaine

ADG : La cinquantaine plutôt glissante

D : D’où vous est venu cet intérêt pour le Tag et le graffiti ?

ADG : L’intérêt est venu du fait que je suis architecte donc avant tout dans la rue comme tous les architectes : l’artiste de la rue le premier c’est l’architecte car pas de constructions égal pas de murs donc pas de tags. Donc je suis l’artiste de la rue mais il se trouve que je ne suis plus le seul parce que sur les murs de mes chantiers et de mes palissades, j’ai vu fleurir depuis une dizaine d’année, un peu plus un art absolument dingue, fort, violent coloré, un art sans limite qui faisait apparaitre parfois mes réalisations architecturales un peu fade et je me suis intéressé à cet art immédiatement et aux artistes. J’ai la chance en tant que bénévole de la fondation SETTON qui distribue des sacs de couchage pour les SDF, une des plus belles fondations au monde parce que fonctionnant sans aucun frais de gestion, 30 euros donnés à la fondation égal un sac de couchage et donc Mme SETTON qui était la responsable merveilleuse mais malheureusement disparue, on allait avec elle gare du Nord distribuer les sacs aux Sdf et là j’ai rencontré les artistes qui revenaient de leur travail ou qui partait et le dialogue s’est engagé sur ce sujet car je trouvais qu’il y avait une grande injustice entre le fait que moi on me demande de faire des œuvres pour la postérité et que eux qui veulent mettre leurs noms alors que moi je ne veut pas mettre le mien on ne leur donne même pas quelques jours à vivre : et je me suis dit on va réparer cette injustice et leur offrir au moins le temps avec des œuvres mises à l’abri du temps et en même temps, à l’abri du temps mais pas à l’abri du regard au contraire, on va l’exposer au grand public donc j’ai voulu le montrer au grand public.

D : alors justement, j’ai compris que vous deviez signer vos bâtiments, vos murs et c’est ce qu’on retrouve aussi chez les graffeurs.

ADG : non, moi je refuse de signer les murs, je refuse de mettre mon nom sur les immeubles parce que je trouve que c’est une forme parfois d’égocentrisme et en tant que vieil aristocrate mon nom parle pour moi , je n’ai pas besoin de l’écrire sur les murs. D’ailleurs c’est amusant de voir que ce sont les aristocrates Emmanuel Debrandt, moi qui portons les artistes et qui sommes proches d’eux et les bourgeois qui en ont peur : c’est très amusant de voir que la bourgeoise a peur du tag et du graff comme le centre de Paris a peur de ses barbares périphériques, alors qu’en fait cet art est né en France à Paris, dans le 7ieme arrondissement au centre de Paris.

D : c’est quelque chose qui m’intéresse énormément, qu’est ce que vous avez voulu proposer ? Nous sommes ici au Grand Palais, comment avez vous réussi à faire venir l’exposition en ces lieux et la deuxième question c’est surtout qu’est ce que vous cherchez à travers ca ? A réveiller les consciences, a attirer des gens un petit peu différent car le lieu et justement exceptionnel ?

ADG : c’est tout cela à la fois, vous avez tout vu, d’abord ce n’est pas moi qui ai choisi le Grand Palais, c’est le Grand Palais qui a voulu avec l’impulsion de Jean Marc Boyé du ministère de la culture et surtout d’Olivier Kaeppelin, délégué aux Arts plastiques qui a voulu immédiatement prendre position dans cet art et redonner au Grand Palais le rôle qu’il a eu précédemment, à savoir l’organisateur de grands salons anonymes et en même temps découvreur de nouveaux mouvements : dans cette deuxième configuration Yves SAINT-GEOURS a eu le mérite de porter le débat sur la place public et de pouvoir présenter au public et de pouvoir lui permettre de rencontrer cet art qui juste à présent était vu mais surtout mal vu.

D : oui et qui est surtout connu d’une tranche de la population qui est plutôt proche de la Culture Hip Hop à la base et là vous vouliez justement l’ouvrir à d’autres ?

ADG : oui tout à fait et je trouvais que c’est un art complet, pluridisciplinaire, un art international, c’est un art à maturité, donc je crois qu’il était temps à la fois de le montrer, de le faire découvrir, de le faire connaitre et surtout reconnaitre.


D : Alain Dominique, pour continuer, qu’est ce qui vous plait autant dans le graff et pourquoi cette envie de regrouper autant d’œuvres différentes et de les exposer ?

ADG : ce qui me plait tant c’est qu’il y a une liberté extraordinaire : toujours une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limites. Moi je suis restreint dans mon art, je suis restreint par les règlements, par les administrations, et là je vois des personnes qui s’affranchissent de tous les codes de tous les règlements ou autorisations et qui se lâchent totalement dans un art fulgurant, un art énergique, en plus c’est un art primaire, donc un art premier, un art fort qui vous parle : surtout qu’on est un petit peu au bout de l’art contemporain qui fatigue et il n’y a plus grand chose à dire alors que là il y a des choses extraordinaires à raconter. Maintenant pourquoi autant d’artistes différents et bien d’abord il faudrait dire aussi pourquoi le même thème et le même format

D : c’est une question que j’allais forcément vous poser plus tard (rires) ADG : tout cela va ensemble, pourquoi autant d’artistes parce que je voulais que cela soit un panorama international de cet art, et pourquoi le même format et le même thème : je voulais une empreinte comparative d’un mouvement. Je crois qu’on ne peut pas juger des chevaux dans leur allure si on ne les fait pas tous courir sur une piste avec des limites et partir au même moment des mêmes starting blocs, donc j’ai voulu que cela soit un défi international, un défi sur un même format, un même thème, et sur un sujet qui n’avais jamais été traité : l’Amour pour que tous les artistes soient ex-æquo et partent dans cette course avec les mêmes
atouts et les mêmes contraintes pour que l’on puisse voir qui sont les bons, qui sont les mauvais, qui sont les meilleurs dans chaque domaine. Donc grâce à cette contrainte de formats, de styles, de lieu et de temps, on peut comparer exactement les styles et chaque individu, chaque personnalité se révèle encore davantage donc une découverte et une découverte presque pédagogique avec une exposition chronologique qui part de TAKI jusqu’aux nouveaux continents que sont la Chine ou l’Iran, donc une promenade dans le temps, une promenade dans les styles, dans l’évolution des styles, une découverte à la fois dans le caractère et dans l’aspect artistique, mais également dans l’aspect historique et l’aspect sociologique : on s’interroge sur la façon dont cet art s’empare des murs abandonnés en jachère, ou ils viennent apporter une nouvelle culture.

D : aujourd’hui vous présentez un recueil de 300 œuvres, donc de 150 artistes, sur chaque fois un dyptique avec cette triple contrainte d’unicité de lieu pour la création, d’unicité au niveau du format et du thème : nous en avons bien compris le but, mais justement le graffiti est aussi quelque part normalement quelque chose d’assez libre d’assez « freestyle » et dans ce cadre pourquoi avoir imposé un thème : nous aurions pu très bien comparer des artistes sans avoir de thèmes imposés.

ADG : justement au contraire, on ne peut pas comparer l’inspiration de chacun si les thèmes diffèrent que les formats diffèrent, que les époques diffèrent, que le temps donné diffère, je crois qu’au contraire, que plu il ya de contraintes : comment comparer le corps de trois femmes : ce n’est pas en mettant une en Burka, une deuxième en robe longue et une troisième en maillot de bain que vous allez comparer leurs corps : regardez Miss Monde, on impose le même maillot de bain à tout le monde : ce n’est pas un hasard, plus vous imposez mieux vous pouvez faire la différence, mieux vous pouvez donner votre avis réellement sur ce qui est montré. Il faut que les gens montre la même or ce qui est intéressant dans le thème de l’amour c’est qu’il n’avait jamais été traité avant par les artistes : donc il n’y avait pas de solution déja toute établie, il n’y avait pas de redite, pas d’astuce, chacun s’est confronté à un sujet qu’il n’avait jamais abordé, donc il l’a abordé à armes égales, avec un seul point commun : leur âme, leur cœur. Donc une œuvre extrêmement rare, précieuse et faite il faut le dire, et on ne le dit jamais assez, faite avec beaucoup de pudeur et énormément d’originalité.

D : que voulez vous dire par pudeur ?

ADG : que l’amour est tout à fait sobre, alors que tout le monde m’a dit tu va avoir des trucs hard, gores, dégueulasse, c’est d’une pudeur extrême, j’ai à peine un bout de fesse, à peine un bout de seins, rien, ce n’est même pas assez érotique, c’est d’une pudeur, d’une tendresse, d ‘une douceur que peu de gens soupçonnaient. Il y a une variété de couleurs, de forces, or tout le monde m’avait dit, des artistes, des galeristes, les plus grands galeristes français, dont certains viennent de rentrer à l’instant m’ont dis mais Alain arrête au bout de trois œuvres tu auras trois fois les mêmes coulures noires et dégueulasses, or j’ai 300 toiles et il n’y a pas deux toiles qui se ressemblent : c’est ça le secret.



D : Alain Dominique, que vont devenir ces œuvres : je me suis renseigné normalement vous vous êtes engagé à ne pas les vendre séparément, que vont elles devenir ?

ADG : elles vont faire le tour du monde, elles vont être accueillies par des musées du monde entier, à qui je demanderai de recueillir les oeuvres des plus grand artistes du pays qui l’accueille comme une sorte de boule de neige que je lance, et qui s’enrichira, à chaque étape des artistes du pays traversé pour que à la longue elle recueille comme une boule de neige toute les épaisseurs, toutes les couches des pays du monde et qu’elle me revienne comme elle est déjà entrain de devenir à savoir la collection de référence du dernier art de cette fin de vingtième siècle.

D : Alain Dominique, moi je fais parti de la culture Hip Hop, vous aussi peut-être ?

ADG : non pas du tout

D : qu’est ce qu’aujourd’hui vous pensez de la culture Hip Hop, et des différents piliers de la culture Hip Hop, le graffiti n’étant qu’un des quatre piliers : il y a en plus les Mcs/rappeurs, les Djs, et les danseurs : est ce que les autres piliers vous intéressent aussi, ou c’est vraiment le graffiti qui un jour vous a interpeler ?

ADG : moi c’est uniquement le graffiti qui m’a interpelé, j’étais confronté encore une fois en tant qu’architecte avec des œuvres sur mes chantiers, sur mon lieu de travail, que je rencontre chaque jour, je n’ai pas la chance, par ma génération, par mon âge, de rencontrer tous les jours des rappeurs ou des Djs, donc je suis beaucoup moins à même de m’entendre avec eux, de recueillir leurs œuvres et de faire avec eux un bout de chemins. Alors que naturellement chez moi également de part mes origines italiennes, la peinture et le mécénat sont traditionnels, donc j’étais beaucoup plus enclin et plus prédestiné à cet aspect de l’art : je ne néglige pas les autres, je ne les refuse pas, mais je ne peux pas entreprendre une telle œuvre dans tous les domaines artistiques, c’est trop vaste pour moi. En plus cela fait prétentieux, moi j’ai essayé de me limiter à une œuvre et je tiens à vous dire quelque chose, j’ai été dépassé par mon projet, je ne pensais pas en commençant le projet je voulais peut être dix artistes, vingt, mais ce sont les artistes qui m’ont poussé, qui m’ont dit il faut aller plus loin ; il faut aller en chercher un tel en Afrique, avoir le Néozélandais, il faut que tu ais le maitre New-Yorkais, et c’est moi finalement, poussé par les artistes : moi j’ai poussé un wagon qui était en pente , je me suis laissé emporté et je me suis fait dépasser par mon projet.et aujourd’hui j’ai un projet dingue, qui me submerge qui fait que je n’ai même plus le temps d’être architecte, qui me prend tout mon temps, car je suis un bénévole, moi je ne vends rien à cette exposition même pas un Tshirt, même pas une casserole, même pas une carte postale : je vends des catalogues à prix coutant, avec une entrée très peu chère, pour que tout le monde vienne, que le plus grand nombre vienne reparte avec un catalogue des 300 œuvres sous le bras, et pour vingt euros : ce qui n’est rien, c’est le prix de revient, un livre comme cela devrait couter 50 euros, moi je ce que je veux c’est diffuser cet art et je travaille avec et pour les artistes. Je crois que c’est une belle leçon de mécénat à une époque mercantile, à une époque où tout est business, et bien il y a encore un bel esprit qui souffle et je serai heureux si chacun venait le découvrir avec un regard sans a-priori, un regard sans préjugés, c’est à dire un regard juste, juste un regard.

Voici aussi la version montée au format audio de notre interview : à écouter : y a été ajouté un intru de Yoyo. (press play) :

Voici le tout dernier pan de toiles de l’exposition : vous y apercevez un lettrage blanc très moderne du Brésilien Nunca., mais aussi la toile d’un graffeur iranien ce sont les toiles des pays « émergents » du graffiti.

Retrouvez une partie des photos de l’exposition ici : Gallerie TAG

Voici maintenant divers témoignages recueillis ce même soir : j’ai souhaité interroger quelques personnes : voici ce que l’exposition suscite :

Montage en musique :


Retrouvez aussi d’autres informations sur cette exposition TAG sur : le site officiel

Mes remerciements à Alain Dominique pour sa disponibilité, mais surtout son amour pour le graffiti. Merci aussi à Catherine et Katia. Sujet réalisé par Dany pour www.hiphop4ever.fr

Retrouvez des compléments d’informations sur le site officiel : http://www.tagaugrandpalais.com/et sur http://www.myspace.com/tag_grandpalais

Je ne pouvais pas oublier d’ajouter la série où apparaissent les toiles de BANDO, le père du graffiti en France.

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