Stélio - La Croisée Des Chemins [EP/Intw] - HipHop4ever

Stélio – La Croisée Des Chemins [EP/Intw]

Alors que son dernier projet “La Croisée Des Chemins” vient à peine de sortir nous rencontrons Stélio afin de rentrer dans le détail de cet album qui comme le dit son titre se veut une photographie de ses pensées et de son état d’esprit à un instant T et surtout une manière et un moment pour s’ouvrir vers un ailleurs, vers un autre chemin. Allez, en avant !

Depuis 2016 et le projet « Poussières d’Or Vol.2 » tu n’avais pas proposé de nouveau projet, mais tu reviens ce mois de Juin 2020 avec un nouvel album court / EP : « La Croisée des Chemins ». Cet album est composé de 9 titres et se veulent un vrai retour et l’amorce d’une envie forte de reprendre le micro pour (enfin ?) être moins nostalgique et prendre un nouveau chemin, une nouvelle route. Pour se faire, au travers de ces 9 morceaux tu te livres et te délivre un peu – tu fermes des portes, en entrouvre d’autres – Mais justement : parlons en ensemble.

Dany : Salut Stélio, on se connait depuis un petit moment déjà – nous avions déjà échangé à l’époque du “Choix d’une vie” – comment vas-tu et qu’est-ce que tu deviens ? Heureux d’être dé-confiné ?

Stélio : Salut Dany ! Déjà merci pour l’interview ! C’est toujours bon de voir que des médias s’intéressent encore à notre milieu et nous donnent la parole !  Ecoute, ça va plutôt pas mal ! Heureusement pour le moment mes proches ont été épargnés par le virus. En ce qui concerne la période de confinement, j’y ai vu un moyen de me concentrer sur mes affaires et faire avancer les choses musicalement mais j’étais déjà dans ce mood avant cette période.

D : Le premier morceau est le titre éponyme de l’album. Je t’avoue que je suis surpris que tu n’aies pas choisi celui-ci pour ton retour et à mettre justement en avant en premier ? Explique-nous pourquoi ?

S :  Je trouvais que « Everest » était dans la bonne dynamique pour annoncer le projet. Il a quand même un côté léger et punchy qu’on ne retrouve pas forcément sur “La croisée des chemins”. Et puis je le trouve plus rassembleur que l’intro qui elle ne parle que de mes états d’âmes de petit rappeur à l’ancienne ! Rire ! Et concrètement, le titre de l’intro n’est venu que sur la fin de la préparation du projet. J’avais déjà le clip Everest à ce moment-là!

D : Dans « La croisée des Chemins » : tu affirmes ton envie de reprendre du galon, de reprendre le micro avec de nouveaux textes et sons et de retourner sur scène pour t’adresser à tes combattants – de prendre aussi une nouvelle direction ? Pourquoi cette envie et finalement pourquoi avoir attendu (aussi) longtemps ?

S : J’aime beaucoup travailler les intros , et là je voulais un truc qui change dans l’approche. Et puis ça s’est passé comme on l’entend au début du titre, j’ai reçu cette prod et c’était parti…

Pour le fond, quand on regarde bien l’idée du EP « Le choix d’une vie », c’était pour moi affirmer mon choix pour une vie liée à la musique, ou à un certain type de musique. Et plus largement à une façon d’être ou de penser.

Pour moi ce nouvel EP vient confirmer cette idée. Ces dernières années on m’a certainement beaucoup plus vu comme un organisateur qu’un artiste. J’ai toujours les 2 casquettes, mais j’avais besoin de remettre celle du rappeur en avant.

Pour la durée écoute je crois que j’ai dû m’oublier un moment. J’ai quand même organisé beaucoup de concerts pendant ces années, près d’une centaine au total entre Paris, Dijon et autres…  J’étais beaucoup sollicité pour les évènements. Quand ça devient régulier et qu’il y a de la demande, tu en viens rapidement à être focalisé. C’était un grand kiff de pouvoir gérer tout ça! J’ai monté des scènes avec beaucoup de rappeurs français que j’appréciais. Mais j’y ai mis du temps et de l’énergie, c’est sûrement ça qui a fait que j’ai été moins présent derrière le micro même si j’ai toujours enregistré quand je pouvais. D’ailleurs c’est pendant cette période qu’est sortie “Poussière d’or 2” …

Puis tu rajoutes à ça la vie et les obligations du quotidien. J’avais aussi des choses persos à régler. Quand tu te débats un peu avec la vie tu ne penses pas forcément à aboutir tes projets artistiques. Pourtant la plupart des titres du EP ont été créés à cette période-là. Je dirais qu’il m’a fallu un certain temps avant de retrouver l’énergie nécessaire pour le sortir.

D : Une chose m’a aussi sauté aux yeux : les couleurs de tes deux albums : le premier était jaune, ocre et doré – de l’époque nostalgique, le deuxième (La croisée des Chemins) est lui composé de bleu, de turquoise : j’imagine que c’est voulu et que tu cherches à montrer plus de choses lumineuses ?

S :  C’est vrai que sur le premier je voulais donner cette teinte « Nostalgique » d’où le visu proche du sépia. Ensuite pour “La croisée”, j’ai travaillé avec Adrien de Opak Vision. J’ai repéré son travail sur des clips et visu qu’il a fait pour AL entre autres.

Il avait carte blanche sur mon Ep. Le bleu c’est sa proposition. Moi je savais que je voulais un truc plus ou moins abstrait c’est tout. Il a bien su cerner ce côté évolution éventuelle vers le positif que je veux donner dans la présentation de ce Ep.

D : Dans « Le Jour d’Après » que tu jouais déjà sur scène et reconnaissable à son refrain tu parles des difficultés et galères de la vie, avec le mal et les moments de blues, une attitude plus pessimiste et réaliste : mais comment vois-tu justement le jour d’après ?

S : Et bien au moment de l’écriture du titre je t’aurais dit voir un avenir terne.  la plupart des titres ont été écrits pendant une période un peu dure. Le pessimisme était vraiment une constante forte chez moi.  Aujourd’hui j’ai avancé, je vois les choses autrement, plus nuancées. Je pense qu’en voyant mes petits grandir je vois d’avantage les côtés positifs en fait…

D : Everest est le deuxième morceau que tu as fait découvrir après Charivari au travers d’un clip « d’avant confinement » avec pleins de monde dans les rues, sur les marchés (ah le monde d’avant …)

Tu y es en équilibre sur un fil et semble vouloir monter plusieurs montagnes et atteindre leurs sommets mais encore ?

S : Avec Battso de LP Prod on avait tourné le clip il y a plusieurs mois oui. Au moment des dernières grèves SNCF RATP il me semble. On a fait ça à Ménilmontant, le quartier de l’ancienne Miroiterie. Comme un clin d’œil au passé avant un nouveau départ.

C’est le monde d’avant comme tu dis !   Everest, ça parle de tout et rien ! C’est plutôt une posture je trouve ! Conscient des difficultés, du chemin à parcourir, mais aussi sereinement résigné… Avec une pointe d’ironie tu vois ? C’est l’un des sons les plus récents, donc plus proches de mon état d’esprit actuel en somme.

D : Dans « Sous pression » sur une prod de Dj Veekash, tu proposes à deux autres combattants de prendre part à la bataille : Wira (Moitié des Zakariens) et Dany Boss (Moitié de Sérum / ex 4 My People) : comment s’est faite la connexion ?

S : Et bien ça ce sont les vestiges de la Miroiterie! Rire ! Je suis connecté avec Wira depuis longtemps via le Beatmaker Flev que j’ai connu ado. Dany Boss, ça fait quelques années, j’ai dû le contacter pour jouer à la Miroiterie. A un moment cette connexion m’est venue en tête. Ce sont 2 MCs dont je kiffe le travail et avec qui je m’entends bien. J’ai pensé que nos 3 univers fonctionneraient ensemble. J’avais cette belle compo de Deejay Veekash, j’ai écrit le refrain et l’instant studio a fait le reste ! Bête de souvenir !

D : ce morceau est super cohérent car les flows et les voix se mélangent très bien : un morceau qui montre la force du nombre et le besoin de se battre : qu’aviez-vous envie de montrer / de faire ressentir ?

S : L’idée du son c’était de retranscrire la pression du quotidien. La musique à ce côté speed et riche je trouve. Moi ça m’a fait penser à la pression du monde, et à notre besoin perpétuel de se débrouiller pour gagner sa vie. Il y a beaucoup de choses qui t’entrainent et que tu dois suivre ou éviter chaque jour. Tu vois pour faire un lien avec l’actualité, on était déjà dans la dénonciation de certains traitements ou difficultés que beaucoup peuvent rencontrer. Dany Boss dans son couplet rappait “ Faut qu’j’dise tout, rien à battre si on m’dissous, j’serais qu’un noir de plus abattu par ces ripoux.. “. Ça rappelle bien que les bavures et autres ne datent pas d’hier…

Donc sur ce son on évoque certaines difficultés quotidiennes. On m’a déjà parlé d’auto victimisation par rapport à ce titre, moi je vois juste un témoignage. Et je pense qu’on est là aussi pour mettre des mots sur des maux.

D : Un ange à chaque Epaule : Morceau plus doux, plus calme, et un clin d’œil à tes enfants : tes anges – mais aussi un morceau sur la dualité (Bien / Mal – L’ange Maléfique / son pendant) : on a tous une part d’ombre et une part de lumière : tu le montres aussi dans ce morceau mais au fond on tend tous à viser le bien non ?

S : oui tu as bien résumé le son! C’est la prod d’El Gaouli qui m’a donné le ton.

Mais je ne le trouve pas vraiment doux moi.. Ou alors qu’a 50% !

Justement, je voulais parler de cette dualité qui peut nous amener à faire des choses contradictoires ! C’est le cas pour tout le monde je pense. C’était marrant à faire, surtout l’ange de gauche ! Mais j’ai dû le censurer un peu quand même ! Rire !

D : J’envoie des Signes : cette fois et c’était une évidence, tu as demandé à ton compère et comparse Sandro Grabuge de te rejoindre sur ce morceau. Rappelle-nous votre aventure commune : vous partager les scènes depuis de nombreuses années mais dis-nous en plus ?

S : On est frère avant tout ! Donc il est évidement présent dans mon projet. Et c’est aussi mon rappeur préféré ! Musicalement on fait souvent des titres ensemble. On se connait bien donc c’est assez complémentaire. Pour infos, les maquettes de ses solos sont high level ! A suivre.

D : Ce morceau est beaucoup moins sombre que les autres et même plus un appel à aimer et profiter de la vie en mettant ses émotions sur du son ! car tu « ne connais pas de meilleur médecin qu’un bon son ». La musique est pour toi aussi une thérapie et une échappatoire ?

S : Ouais, tu as raison, on peut dire moins sombre mais ça ne respire pas non plus la joie de vivre ! Lol .

Il y’a quand même un côté positif, autant dans nos textes que dans la mélodie de DSLK .. On retrouve cette couleur bleu turquoise dont tu parlais tout à l’heure. Une légère touche positive. Mais on parle surtout d’utiliser le son comme thérapie oui. C’est un refuge pour moi. Là où tu peux exprimer ta colère, tes craintes, tes kiffs aussi… Pour ma part, c’est surtout pour ça que je suis là et particulièrement sur ce projet. C’est sûrement pour ça qu’il est aussi introspectif…

D : L’amitié est très importante dans notre vie, dans notre quotidien et c’est le thème que tu aborde de pleine face sur « Wesh Mon Poto » : avec l’histoire de l’évolution de ton amitié avec celui qui semblait être ton meilleur ami : qui passe du statut de frère à celui d’étranger.

Tu avais besoin de tourner la page et d’avancer : « de nos années ensemble – il ne reste que la bande son … »

S : Ce titre je l’ai beaucoup joué sur scène, et très souvent des gens sont venus me dire qu’ils se sont reconnus dans les paroles. Je pense que ça parle à tout le monde en fait parce que c’est juste le cours de la vie. Malgré la force des relations, on peut se perdre de vue avec le temps… C’est un constat qu’on fait avec l’âge. Sans réel raison chacun suit sa route avec parfois des non-dits qui creusent le truc d’avantage. Dans mon cas ça part d’une histoire vraie oui, mais au final ça mêle plusieurs amitiés différentes. Justement j’ai voulu que ce ne soit pas que mon histoire qui soit traitée. #InstantNostalgieMax !! Mdr

D :  Dangereuse idylle : là encore on découvre un morceau plus personnel, plus introspectif, plus doux, avec une sorte de guitare voix et un refrain chanté de quelqu’un d’autre – qui est-ce ?

S : J’étais sur la fin du Ep mais il manquait quelque chose. Je trouvais que ça ne sonnait pas complet. Et je me suis souvenu que j’avais écrit un couplet y’a un moment. Je me suis rendu compte que c’est cette histoire qu’il manquait au projet. J’ai fait écouter le couplet à Dslk, et il m’a envoyé cette compo. C’était vraiment ce qu’il fallait. J’ai écrit la suite très vite. Il me fallait une belle voix au refrain. J’ai pensé à Supa John que j’avais vu en live peu de temps avant ça.. Un vrai artiste et musicien en prime !  J’avais en tête ce qu’il avait fait avant dans le reggae notamment avec Raggasonic entre autres, et je cherchais à donner une autre dimension par rapport à ce que je fais d’habitude. On a travaillé un petit moment en répèt’, comme pour un live acoustique , avant de trouver le bon truc. Je suis vraiment content du résultat. C’est un genre qui m’intéresse pas mal, donc à voir.

D : ce morceau relate lui toute la difficulté d’aimer – la difficulté d’une relation amoureuse, qui arrive à sa fin – parles tu d’une histoire vraiment passée ?

S : En tout cas ça parle de la fin de quelque chose sur lequel j’avais besoin de mettre des mots à un moment ou à un autre. Il est assez parlant de lui-même je trouve. On parlait de thérapie tout à l’heure, sur ce son on est en plein dedans !

D : Tu termines ce projet avec Charivari qui peut être vu comme une intro – un morceau plus court : de deux minutes – que tu as là choisi de montrer en tout premier : il a été le premier morceau mis en image : avec ce changement sur le refrain chanté par tes soins et surtout l’envie d’être plus optimiste, quitter le Stélio Nostalgique avec une porte ouverte sur la suite.

S : Ouais, Charivari c’est l‘un des derniers nés en fait. Je l’ai écrit l’été dernier pour un projet de Misère Record avec qui j’ai pas mal bosser ces derniers temps. T’as très bien cerné le truc, c’est un pas vers autre chose oui. Une vision plus apaisée peut-être.. En tout cas il y a des chances que je laisse la nostalgie à cet endroit-là …

D : ce projet arrive mi-juin, il est disponible en Digital mais aussi en physique, tu seras évidemment ravi de le défendre sur scène dès que la situation actuelle le permettra, mais quelles sont les suites – les prochaines étapes, les prochains chemins ?

S : C’est un point de départ oui, donc évidemment je ne m’arrêterais pas là. J’ai déjà plusieurs titres enregistrés pour un prochain projet solo et j’ai hâte de pouvoir finaliser ça parce qu’en ayant sorti ce Ep j’ai l’impression d’être plus libre qu’avant. J’ai envie de vraiment laisser sortir les choses et d’aller au bout de mes idées sans me mettre de contrainte…

En termes de concret, avec Eben 2 neg’ on a aussi travaillé sur une grande compilation réunissant la crème du rap Français. On a appelé ça “KILL ME”. Le truc est finalisé et arrivera pour la rentrée. Ça va être de la folie ce projet! Tout est enfin prêt et on a hâte de le faire découvrir.

Plus d’informations : L’album #LCDC en Digital / en CD

Partageons le HH
  •  
  •  
  •  
  •  
, ,

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *