EBEN - Compositeur et plus [Intw] - HipHop4ever

EBEN – Compositeur et plus [Intw]

Alors que vient de sortir sur le Net une compilation “Anthologique Beat” réalisée par un internaute anonyme (merci à lui) – nous nous sommes dit que cela était une bonne occasion d’échanger avec EBEN.

Un Blaze en 4 lettres qui parlera à certains et qu’on ne devrait plus présenter mais c’est important de le faire. Eben est un activiste de la culture Hip Hop et du Rap Français depuis ce que beaucoup considèrent comme (j’en ai fait parti) l’âge d’Or du Rap Français. Moitié des 2 NEG (composé de Niro et lui), il a notamment participé avec les 2 BAL à sortir l’un des albums classique du Rap national : 2 BAL 2 NEG “3 fois Plus Efficace“. Il est aussi rappeur solo avec des apparitions qui ont aussi laissé une empreinte notamment sur la BO de Ma 6T va craquer.

En parallèle de ses activités de rappeurs, Eben a pu toucher aux machines et a pu proposer et distiller de nombreuses instrumentales/productions à beaucoup de rappeurs et rappeuses (Sniper, Tandem, Zoxea, DontCha, Tonio Banderas, Fdy Phénomen Maj Trafyk, …). La compilation Anthologique Beat en est un beau résumé mais parlons en avec l’intéressé.

Salut Eben – On échange à l’occasion de la sortie d’une compilation proposée par un internaute qui revient (en partie) sur l’une de tes activités la plus importante de nos jours : la composition musicale. Avant toute chose que penses tu de cette compilation ? Cela te fait quelque chose ?

Salut Dany – A vrai dire tout ce qui me concerne ou quelqu’un qui met ce type de produit sur internet forcément cela me touche. Je trouve que c’est une belle initiative – tellement belle que je n’y ait même pas pensé – c’est vrai que cela fait très plaisir : c’est une certaine petite reconnaissance.

La question peut paraitre bête mais d’où vient ton blaze EBEN ?

Alors l’histoire même de mon nom est un concours de circonstances. A l’époque, on achetait ce qu’on appelle des plaques Name pour nos ceintures et je n’avais pas de nom et en cherchais un. J’avais donc été à Clignancourt pour acheter une plaque mais je n’avais pas le lettrage et j’ai un pote qui m’a donné des lettres : c’est ce qu’on mettait pour nous reconnaître : on avait tous nos noms : et dans les 5 ou 6 lettres qu’il m’a donné il y avait deux E un B et un N : et je me suis dit tiens : EBEN j’aime bien – c’est tout bête en fait.

Tu as côtoyé nombres de producteurs/beatmaker, compositeurs : comme Tefa, Masta, et Niro qui je crois touchaient aussi à la musique : comment as-tu un jour décidé de titiller les machines, les instruments pour réaliser ta première composition musicale ?

J’étais entouré comme tu l’as dit de Beatmaker : il y avait White & Spirirt, et Kilomaître (Ndlr : duo de Beatmaker composé de Tefa et Masta) et je regardais comment ils travaillaient. J’aimais beaucoup la manière de travailler de Kilomaître qui avaient une technique bien précise et plus adaptée à la mienne. White et Spirit je respecte énormément leur travail : eux c’étaient les rois de la découpe – quand ils prenaient un sample ils le torturait, il le mettait en pièce et refaisaient un autre morceau totalement différent : c’est vraiment un travail d’orfèvre : chose que je n’aurait pas réussi à faire – et je me suis donc plus reconnu dans le travail de Kilomaître. Donc forcément quand tu es entouré de Beatmaker cela m’a titillé : j’ai acheté avec ma première prime du matériel. Je me rappelle c’était des NS 10, une MPC 2000, une table Mackie, en gros avec un petit clavier et je me suis lancé. Au début c’était quand même laborieux, mais après cela a bien fonctionné.

On est à quelle date ? Qu’est ce qui a été le déclencheur ?

La première prod sortie je crois que c’est une prod pour Hamed Daye (membre proche du Ministère Amer/Secteur A) et le morceau s’appelait “Nouveau testament” sur l’album “Indépendance Daye” – j’avais fait une prod hyper mélancolique.

Je crois que c’est ma première prod qui a été sur vinyle. A l’époque on était dans un microcosme du Hip-Hop. On se connaissait tous à peu près et c’est vrai que chacun avait plus ou moins leur beatmaker attitré mais parfois les rappeurs aimaient alors voir d’autres compositeurs pour avoir une touche un peu différente de ce que leur propre beatmaker leur proposait et moi je côtoyais des gens du Secteur A, des gens comme Futuristik, comme Chrono et Nubi, Mystik … et je parlais beaucoup avec Hamed Daye, et il est venu me voir en me demandant si j’avais des prods à lui faire écouter et à Crépuscule (Maison d’édition d’Eben) à l’époque je venais souvent avec des prods donc les gens venaient souvent là bas pour se poser et qu’on parle et à la fin cela se terminait par l’écoute de mes prods : Hamed avait donc entendu cette prod et il l’a prise.

Quelle est celle que tu préfères et surtout pourquoi ? J’ai pu voir dans une interview que c’était Paradis Airlines : est-ce toujours le cas ?

Oui c’est toujours celle là. Pourquoi ? Parce que cette prod quand je l’ai faite je savais que c’était pour Lino. En fait tu sais comme je dis parfois : il y a des évidences. A cette époque je savais que Lino préparait son album et il m’avait demandé une prod. Il m’avait demandé si j’avais une prod à lui faire écouter et je n’en avais pas. Je me suis donc enfermé et je me suis dit que je prenais deux trois jours. J’étais passé voir des amis sur Marseille, et ils avaient un petit studio, je leur ai demandé si je pouvais l’emprunter pour taffer dessus et j’ai alors sorti deux prods que je kiffais vraiment et ce sont les deux prods qu’il a pris pour son solo.

Ce qui me plait dans ce morceau c’est la sensibilité de celui-ci. Dans toutes mes prods, ce que j’aime c’est apporter de l’émotion : ne pas faire des choses terre à terre. En règle générale sur la grande majorité de mes prods il y a toujours des mélodies touchantes, poignantes.

Je suis un peu mélancolique dans les prods, j’aime beaucoup ça : j’aime beaucoup ce qui est musical. Sur cette prod, je trouve que je l’ai bien travaillé, je l’ai bien fait tourner : tout ce que j’ai rajouté colle, un peu les karimbas que j’avais mis, même le jeu de basse, et le battement qui était assez original, par rapport à ce que je faisait d’habitude – car je faisais surtout des beats droits, là j’avais fait un morceau plus up tempo, un peu plus lent, avec une grosse basse et j’aimais beaucoup.

De mon coté, je dois t’avouer que je ne savais pas que tu avais fabriqué, proposé toutes ses belles prods : je pense d’ailleurs à celle de Nakk, les 10 et Wallen featuring la mort : c’est un des morceaux que je préfère dans le rap Français. Peux-tu nous parler de la rencontre avec les Mcs et comment s’est passé la génèse de ce son ?

(Rires) Alors je vais te raconter un truc qui va peut-être te choquer : il y a seulement trois ans que je me suis rappelé de ce morceau là. En fait je crois que c’est un morceau qui a été placé dans une compile “Original Bombattack“, et je n’étais pas là quand il l’on enregistré. J’avais envoyé la prod – ils voulaient absolument cette prod – Nakk la voulait, le producteur de la compile aussi – et en fait j’ai eu le matériel fini. Finalement, ce que j’ai fait c’est faire les séquences pour les rappeurs. On ne m’avait pas dit que Wallen allait poser – je l’ai su après. Je savais que Les 10′ étaient en pourparlers pour poser dessus – mais la vérité c’est qu’on me disait des noms, mais quand on m’a passé le morceau et le CD et que je l’ai écouté, j’ai beaucoup aimé.

A cette époque là j’étais tellement productif, que je n’avais pas le temps d’écouter tout ce que je recevais et c’est vraiment il y a trois ans quand j’ai regarder mes feuillets SACEM, je dois être à peu près à 210 compos en tout – et je vois ce morceau là écrit et je ne m’en souvenais pas.

Si ce morceau t’a parlé c’est parce qu’il y a toujours une vrai recherche de mélodie dedans et c’est ce qui parle peut-être aux gens. Le refrain de Wallen et la manière dont ils ont posé est exactement ce qu’il fallait faire pour ce type de morceau.

Tu as aussi fait des sons pour des groupes comme Sniper ou Tandem par exemple : pourquoi eux et comment s’est passé la rencontre et la collaboration ?

Sniper je les ai connu avant qu’ils ne sortent leur premier album : ils côtoyaient beaucoup Kilomaitre, moi j’étais beaucoup avec Kilomaitre : ils voulaient écouter des prods, ils avaient un cercle de compositeurs, comme Desh – la première fois je leur ai fait écouter la prod d'”Aketo versus Tunisiano” en studio et la deuxième ils étaient venus chez moi.

J’habitais alors dans le 93 à un moment – sachant que je suis un habitant du 94 : de Villejuif, mais j’ai vécu dans le 93 à Aubervilliers et ils sont venus chez moi et leur ai fait écouter “il faut de tout pour faire un monde” et ils ont pété un câble sur la prod.

Tandem c’est une autre histoire : je les connaissais avant même qu’ils sortent des disques. Ils m’avaient été présenté par Joe Le Ballafré qui est un gros compositeur aussi avec qui ils travaillaient. Un jour je les rencontre chez des gens, ils se mettent à rapper devant moi et je pète un câble : et la première fois je n’avais pas de sons sur moi et leur ai dit écoutez, la prochaine fois je vous ferai écouter du son. Je ne les ai pas revu hyper après. On était dans un appartement qu’avais Masta et là j’avais des prods et là ils ont pu écouter des prods, le feeling est tout de suite passé. Masta a enquillé pour faire l’album avec eux, produire des prods dans leur projet et ils m’ont demandé des prods aussi.

Outre les compositions instumentales, tu es aussi producteur de plusieurs projets, tout ou partie : je pense notamment aux album de Tonio Banderas (qu’on avait rencontré à l’époque), Fdy Phenomen, Maj Trafyk, la compilation “Mission Suicide” … j’en oublie sans doute mais là encore : qu’est ce qui t’animait et t’anime dans le choix des artistes, des projets ?

Déjà la mentalité de l’artiste, c’est important. Ensuite, tout dépend du projet. Si on rentre dans le cadre de Mission Suicide, c’était une étape de recherche. On avait un concept de base : quand on faisait un projet on avait toujours un concept de base. On ne partait jamais à l’aventure sans : on décidait voila le concept c’est çà : la mort aux dents : c’est conceptuel. Ensuite Masta et moi c’est une compétition de musique et ensuite c’est là où le travail n’est pas si simple : en amont on travaillait tout le temps les combinaisons. En amont on choisissait les artistes qui nous plaisait, par forcément les mecs qui tenaient le pavé : il y avait des mecs qui n’étaient pas super connus mais on kiffait leur écriture et pour nous c’était super important de mettre de gens de qualité. De toute les manière tu ne pouvais pas poser à coté d’un Lino si tu n’avais pas le niveau, ou à coté d’un Rocca, ou d’un Ill …. même dans le ragga on avait Lord Kossity, on a fait un morceau avec Daddy Mory, Jacky, enfin il y avait que des mecs qui étaient des tueurs, donc franchement déjà tu ne peux pas mettre n’importe qui avec eux – pourtant dans ce type de morceau on avait mis des inconnus. Je me rappelle que dans le morceau avec Jacky et Daddy Mory on avait mis un mec qui s’appelait Little Fab, un mec de Villejuif justement et il n’avait pas été impressionné, il avait kicker.

Dans “Rap de Barbarres” on avait mis Gwen, qui n’était pas connu du tout : on ouvrait les vannes aux gens pas connus – mais c’est vrai que la compète était dure je ne te le cache pas – en fait ce qu’il fallait c’était une bonne écriture – que le mec écrive bien et que le mec rappe bien – peu importe tant qu’il maitrise son flow : c’était super important et nous il fallait que les prods puisse tenir dans le temps : je n’aime pas faire des prods qui se démode au bout d’un an.

Quand je fais une prod je le sens tout de suite, quand je l’écoute je me dis dans un an elle est finie celle là – en fait quand je commence à travailler sur une prod, j’aime bien qu’elle dure longtemps dans le temps. Pour faire cela il faut apporter des touches techniques qui font que le morceau tienne avec des petits trucs : dans la rythmique, que cela soit dans le battement, dans le jeu de basse. Dans le morceau que j’avais fait avec Diam’s et les autres MCs “Qui pourrait me dire” et bien cette prod, tu peux la réécouter maintenant – elle parle tout le temps.

Et avec des gens comme FDY Phénomen ou Tonio Banderas – c’était quoi ? La niak, la qualité d’écriture ?

En fait moi ce que j’aime c’est travailler avec des gens qui sont dans l’urgence. Pour moi c’est une qualité essentielle chez un artiste. Je pense que tu fais les meilleurs albums quand tu es dans l’urgence. Pour moi quelqu’un qui est dans le confort peu faire un bon album mais il manquera quelque chose – sentir que le mec a du vécu, qu’il n’a pas le temps, qu’il a des choses à dire: c’est dans l’urgence que tu as beaucoup de choses à dire – c’est simple : quelqu’un qui est SDF, qui est dans la rue – moi par exemple quand j’ai fait 2 BAL 2 NEG, j’étais dans le rue – donc je n’avais pas de temps à perdre – ce que j’écrivais était fonction de cela et cela se ressentait dans l’écriture : quelqu’un qui a tout autour de lui peut faire un album très très vite, mais il manque le coté urgent.

La question est valable pour tes activités de producteur et de compositeur : comment travaille tu ? Tu proposes de zéro au MC, part de son texte, de son thème ?

Avec FDY je propose souvent, en lui laissant libre choix d’écrire un peu ce qu’il veut, avec Tonio je sais quel type de morceau il aimait – morceau mélancolique, gros beat.

Fdy c’est différent, il s’ouvre un peu plus et beaucoup maintenant, il faut donc que je me mette au niveau pour lui proposer des prods plus ouvertes. Sur son dernier album je n’ai pas fait tant de prods que cela : j’ai fait “Nécessaire” un truc un peu trap mais très mélancolique encore.

J’ai une totale confiance dans l’écriture de Fdy car c’est quelqu’un que je connais. Je sais dans quel état d’esprit il est – je sais que quand il a besoin d’un truc bien vénère il n’a pas besoin de me le dire. Quand il me dit qu’il veut commencer un album et s’ouvrir vers le monde tu sais que tu peux te lacher niveau prod, tester des choses. J’ai testé des choses dans son dernier projet – je suis un peu comme ça : en fait cela dépend vraiment des artistes. Ceux que je ne connais pas c’est souvent moi qui impose la prod – ils ont un choix : je ne viens jamais qu’avec une prod – j’en ai 5/6.

Quelles machines, logiciels et ou instruments utilises tu et la technique que tu peux utiliser sachant qu’il est évident qu’il n’est pas simple de résumer ça et que la musique n’est pas une science exacte ?

Alors je travaille de deux manières différentes. Sur tout ce qui est actuel, je fonctionne sur Logic Pro, rajouté en clavier, parfois regonflé à la MPC Touch ou la 2005 – j’aime bien le son de la 2005 : elle sonne chaudement un peu comme la 2000 – j’aime bien donc encore tapper de la MPC – il n’y a pas le coté léger comme dans certains pluggins. Je bosse donc avec Logic Pro, MPC Touch quand j’ai envie de m’y mettre, des claviers : j’aime bien jouer moi même mes compos, et c’est vrai que cela tourne autour des anciennes machines et des pluggins actuels.

Cela veut dire que tu ne découpes pas les samples ?

Si si, je découpe beaucoup : ce que j’aime c’est prendre un sample, le découper fort, sévèrement, et après l’englober : c’est à dire rajouter des chose qu’il n’y avait pas dans le morceau. Je ne suis pas le genre de mec qui ne va que sampler et mettre un beat et une basse et c’est plié.

Quelles ont été et quelles sont tes influences pour tes réalisations tant passées que futures ?

Passé : et bien New York, cela a toujours été NY. Je dis NY, mais j’aimais aussi beaucoup les prods de Dre de l’époque et même la BO du film récente pour NWA. Maintenant à l’heure actuelle, c’est un peu particulier : je trouve qu’en France et dans le monde, on s’est beaucoup ralenti en BPM – maintenant les compos tournent autour de 62 jusqu’à 70 : c’est lent, très lent, je n’ai pas réellement de compositeurs phares : il a des têtes que j’aime bien – je n’ai pas tous les noms des compositeurs de maintenant – par contre je connais les artistes qui posent sur leurs trucs. J’aime les trucs de Tory Lanez, j’aime bien Pop Smoke – il y a des trucs actuels que j’aime. A l’époque j’étais très influencé NY – je vais peut être t’étonner : j’aime bien ce que fais PRIMO (Ndlr : Premier), mais c’était pas mon artiste de chevet – j’aimais bien parce qu’il a des classiques, il a des gros classiques : il ne faut pas se mentir, mais j’aime bien ce que fais Swiss Beat, ce que fait Timbaland : il y a pleins de mecs que j’aime bien en compo – les mecs sont archis ouverts, ils peuvent tout faire – et c’est un peu dans cette recherche là que je veux aller – c’est à dire être capable de tout faire – et ne pas être cantonné par exemple à faire de la Trap. Pour moi je trouve que la Trap c’est trop facile : en comparaison quand je fais un morceau classique, je peux mettre 4 ou 5 heures pour faire la prod : quand je vais faire un morceau trap cela prendra plutôt autour de 5 minutes.

Combien de temps pour créer une instru : par exemple cette pour Lino dont nous avons déjà parlé ?

Celle-là j’ai mis deux heures. En comparaison d’une prod Trap, ou je vais passer maximum 30 minutes : tu mets un pied, une caisse claire hyper fine, tu accélères les charlets et là déjà tu as ta base – ensuite tu mets des Subs à chaque pied, ensuite tu mets ton aperge / ton arpégiator et un petit son au refrain et c’est plié – tandis que la compo classique prend plus de temps, avec déjà la recherche de samples : tu peux passer une journée sans trouver ton sample – comme tu peux tomber tout de suite dessus. Ensuite, il y faut tout de suite avoir la bonne manière de comment tu vas le faire tourner : et si tu n’as pas cette manière tout de suite cela peut être long et ensuite tout en découle. Ce qui ne veut pas dire que le morceau va être bon – mais je sais où je vais.

C’est vrai que c’est comme un tableau/une peinture, tu ne sais pas quand mets ton dernier coup de pinceau, ton dernier trait ?

Tu peux l’amener très loin. N’importe quel morceau – je ne parle pas forcément que de classique – même un morceau Trap ; si vraiment les mecs se prenaient la tête – tu vois ce que je trouve qu’il manque dans la Trap et que pas grand monde fait : la symphonie : ils n’en mettent pas. Je trouve que la symphonie n’est pas là, pas forcément des arpèges, mais il n’y a même pas de nappes de violons, sur les refrains je trouve qu’il en manque, même des voix : il y a pleins de trucs que tu peux rajouter et en fait c’est ça le problème de la Trap c’est que c’est hyper basique. Je n’ai pas de reproche – j’aime la Trap, je n’ai pas de problème avec la Trap mais je trouve que c’est basique comme son : il n’y a pas de sons qui m’éclate.

A l’époque dans la compo il y avait des mecs comme Jimmy Finger, Masta, White & Spirit, Sayd des Mureaux, il y’en avait pleins des compositeurs : c’est des mecs quand j’écoutais leurs compos – je me disais whaou, où est ce que le mec il a trouvé ce sample, regarde comment il l’a fait tourner : c’était tout une mécanique : là, tout le monde fait tourner les prods à peu près pareil et je suis un peu déçu par rapport à ça – je trouve qu’il y avait plus de recherches avant.

Quelle est l’instrumentale/la composition que tu aurai aimé faire (en Rap Fr et en Rap Us) ?

En rap Us : toutes les prods de Primo pour le premier album de NAS. Je trouve que quand tu écoute cet album : quand tu cherches les samples qu’il avait utilisé et que tu vois la manière dont il les a fait tourné c’est un travail d’orfèvre. Tu vois Primo n’était pas mon artiste de chevet, mais franchement pour ce premier album : cela résume tout : avec des sons comme “The World is Yours“, tu as des morceaux de ouf.

Alors parfois il le fait tourner un peu normalement, mais il y a un morceau dans le premier album avec l’utilisation d’un Xylo (sachant que c’est un album de 8 titres), et là la manière dont il l’a fait tourner : çà OUI !

En Francais : j’aime bien les prods de Proof (Ndlr : Compositeur chez Din Records (Médine, Brav …)) : j’aime encore ce que fait Djimi Finger mais pas entendu assez actuellement. Attends je réfléchi : si dans Mission Suicide : Naitre pour Mourrir : j’aurai trop kiffer faire cette prod. Quand je l’ai entendu j’ai pété une durite (Ndlr : Masta en est à l’origine)

Quelle est La Collaboration qui t’aurai fait rêver /ET/Ou que tu aimerai faire ?

Qui m’aurait fait rêver : franchement faire une prod pour Biggie : j’aurai kiffé. Pour Nas aussi en cainri j’aurai kiffé. En actuel cainri : j’aurai bien fait un truc pour Future – j’aurai bien aimé faire un truc avec un mec du Dance Hall : un Jamaïcain : un Vybz Cartel, ou un mec à l’ancienne unChabba Ranks : j’ai joué avec Chabba Ranks il y a très longtemps mais j’aurai aimé faire une prod pour lui.

En francais : Flynt : j’aime beaucoup et j’aurai bien aimé faire une prod pour lui. Il y a qui encore que j’aime bien ? Médine j’aurai bien aimé – Kery aussi, je ne me rappelle plus si j’ai déjà fait une prod pour lui – AKH aussi : parce que j’aime le personnage, j’aime comment il rappe, et même IAM : globalement IAM j’aurai bien voulu et Kool Shen. Après ce ne sont pas forcément des gens actuels mais cela aurait été un kiff de faire des prods pour eux. Il n’y a aucune rivalité IAM / NTM : je ne parle que des gens à qui j’aurai voulu faire une prod.

Les 2 Bal 2 Neg ont fait un très beau “retour” en 2016 pour les 20 ans de l’album classique “3 X Plus efficaces” : peut-on espérer une reformation en studio avec toi aux manettes ?

Euh … Avec moi aux manettes c’est à dire en prod certainement pas (rires), en fait je dis cela mais ce n’est pas vrai. En fait au départ on avait commencé à enregistrer des morceaux : il y’ a donc des morceaux : j’avais d’ailleurs fait une prod dedans … même Masta s’était mis à faire une prod – le truc en fait c’est que ce qui est compliqué c’est que bien sûr des gens veulent voir ou écouter des morceaux 2 BAL 2 NEG, il n’y a pas de problème et ils vont en entendre je pense, mais tu sais le but n’est pas de détériorer un classique.

Donc à chaque fois on a le cul entre deux chaises, en se disant qu’on ne veut pas que les gens se disent 2 BAL 2 NEG c’est fini, et que cela fasse tâche à l’album qu’on avait sorti – je ne sais pas si tu comprends le truc – c’est un peu compliqué.


Mais en vrai, il y a des morceaux, des clips et un documentaire qui va arriver d’ici l’année prochaine : un docu sur 2 Bal 2 Neg : qui a été tourné et qui est déjà fait, on ne sait pas où on va le mettre : si c’est sur Netflix, ou ailleurs on ne sait pas encore.

De la même manière Te reverra t’on prendre le micro en solo ou en duo avec Niro ou avec les 2 Bal ?

Et bien les deux je pense. Je prépare un projet actuellement qui est terminé. Projet que je réalise avec mon ami Stélio et qui s’appellera “Kill Me” – et qui arrive incessamment sous peu. J’y ai un solo et un morceau avec les 2 Bal 2 Neg.

J’allais justement te demander quels étaient tes projets à venir / la suite ? Du coup, qu’est ce qui te motive aujourd’hui ?

Ce qui me motive c’est la passion : toujours : même si je ne te le cache pas elle s’est un peu effritée avec la tendance et c’est normal. Mais je ne veux pas paraitre aigri : c’est bizarre quand un ancien parle cela peut tout de suite faire aigri, mais ce n’est pas le cas. Quand je pense que nous 2 Bal 2 Neg on est arrivé, quand le rap de l’époque est arrivé ca a un peu balayé le rock de l’époque – tu vois ce que je veux dire ?

Je pense que nous un peu “ancien”, nous nous faisons balayer par la tendance actuelle. Mais je pense qu’il y a toujours un public de notre génération : il y a toujours des trentenaires qui écoutent ce qu’on fait, comme des gens de 40 ans qui écoutent – en fait je pense il y’a de la place pour leur Trap à eux et de la place pour des gens comme nous.

En fait ce qui me motive c’est que je sais qu’il y a encore des gens qui aiment ce qu’on fait et ce type de rap là. Si franchement il n’y avait pas ce public, nager tout seul dans l’Océan cela ne m’intéresse pas.

Eben quel est le mot de la fin ?

Et bien je souhaite déjà que tu puisses écouter le prochain projet que je vais sortir et que tu me donnes ton avis. Le mot de la fin est que j’espère encore continuer un peu – je ne te garantis pas que je vais continuer longtemps encore mais disons que quelques petites années et après j’arrêterai – je ne le cache pas. Je pense que je tournerai une page mais je vais quand même sortir quelques projets, dont celui qui devrait sortir fin d’année où on a invité pas mal de gens de notre génération et des gens un peu actuel.

Je ne peux pas te citer tous les noms car ils sont nombreux, mais saches que dedans on a invité par exemple Swift Guad, Demi Portion, Brav, Fdy, Stélio, Busta Flex, Nakk … enfin tu vois le type d’ambiance – que les gens écoutent : c’est un projet que j’ai réalisé – j’ai invité des compositeurs aussi. Je fais les 3/4 des prods mais j’ai souhaité inviter des compositeurs : je ne voulais pas faire tout tout seul en prod : inviter des amis dont j’aime bien les sons et tous les gens qui posent sont des gens que j’aime beaucoup et des amis.

J’ai essayé de faire un album où j’avais envie de faire plaisir à notre public à nous. Donc avec des prods comme on aime et pas de la Trap : il y a deux petits morceaux Trap, mais tout le reste c’est du classique.

RDV est pris pour parler de Kill Me ! Merci Eben pour cet échange ! Peace

Plus d’informations : FaceBook Eben / Anthologique Beat La Compile

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